Le “Cafoutch”, un supermarché collaboratif pour rompre avec la grande distribution

Dans le 2e arrondissement de Marseille, le collaboratif “Cafoutch”, qui se veut une alternative à la grande distribution, propose une large gamme de produits bios et locaux à des prix attractifs. L’occasion pour de nombreux citoyens marseillais de s’engager et de créer du lien social.

C’est un début d’après-midi calme à l’épicerie du “Mini Cafoutch” où Emelyne, bénévole active depuis trois ans, met en place la rampe destinée à recevoir les dernières livraisons de bières. Celle qui se définit volontiers comme une amatrice zélée de brassage aime à mettre sa compétence au profit de l’épicerie. “Il y a l’idée au ‘Cafoutch’ de coopérateurs qui sont zythologues, qui aiment la bière et qui aiment aussi en fabriquer et en brasser” confie-t-elle avec passion. On comprend alors aisément sa présence au sein de l’équipe chargée de trouver les nouveaux produits qui viendront enrichir les rayons de l’épicerie. Emelyne, qui participe au “Cafoutch” depuis les débuts, y a vu l’occasion d’un engagement citoyen en phase avec ses convictions. “Je suis passionnée par le projet, c’est quelque chose qui me botte et qui est en adéquation avec ce que je veux défendre” explique-t-elle. Comme elle, ils sont déjà un peu plus de 500 coopérateurs qui se relaient chaque mois pour assurer le bon fonctionnement de l’épicerie.

L’idée de ce commerce d’un genre nouveau a vu le jour fin 2015 lorsque il a été question de s’inspirer de La Louve à Paris, un supermarché participatif et collaboratif. Magali et Pierre, les initiateurs du projet marseillais, ont alors monté une petite communauté de curieux. Chemin faisant, le “Mini-Cafoutch” a ouvert ses portes en 2018. Le 14, rue Louis Astouin, dans le 2e arrondissement de Marseille, fait figure d’épicerie-pilote en attendant l’acquisition de locaux plus vastes où seront mis en pratique l’expérience acquise et les divers ajustements.

Un modèle économique alternatif

Le modèle économique du “Cafoutch” s’articule autour des deux principes fondamentaux de coopération et de participation. Un commerce où l’on est à la fois consommateur et commerçant. Ce n’est que depuis juin 2019 que l’association du “Cafoutch” est devenue d’un point de vue juridique une coopérative de consommateurs. Ouverte à tous, il suffit de faire l’acquisition de 10 parts sociales de 10 euros chacune. Les détenteurs de parts sociales, devenus coopérateurs, s’engagent à donner 3h mensuelles de travail pour faire fonctionner la coopérative. Toute l’originalité du “Cafoutch” consiste dans un fonctionnement horizontal où chaque voix compte avec une prise de décision collégiale et transparente.

En amont de toute introduction dans les rayons de vente, chaque produit est discuté avec le souci permanent de privilégier le circuit-court comme le confirme Eva, coopératrice : “On essaye d’être le plus local possible, le plus bio possible, et d’avoir des prix intéressants qui le sont parce que notre marge est fixe, elle est de 23%.” Exit les marques industrielles et conventionnelles, au “Cafoutch”, “on a aussi des choses un peu moins politiquement correctes. On essaye de travailler sur une charte de produits à vendre, explique-t-elle. C’est aussi l’idée des gens qui s’investissent dans un projet comme celui-ci, ils ne veulent pas avoir un carrefour-bis.”

Originaire d’Autriche, Eva habite à Marseille depuis 2003. Elle est engagée au Cafoutch depuis les débuts et est toujours aussi enthousiaste à l’idée de participer à ce projet en accord avec ses valeurs. YAMINE NFIFAKH

Si le roulement des coopérateurs fonctionne bien, certaines tâches comme la comptabilité ou l’approvisionnement requièrent toutefois des compétences spécifiques qu’une équipe réduite de salariés viendra assurer pour le grand supermarché.

“Chaque shift, on rencontre quelqu’un de différent”

Outre un engagement citoyen certain, les bénévoles du “Cafoutch” y trouvent aussi la possibilité d’un lien social. Le commerce est un lieu de convivialité et de sociabilisation. Ce sont plus de 500 coopérateurs, tous issus de divers horizons, qui interviennent au “Cafoutch” et que l’aspiration à un modèle de consommation plus éthique rassemble. Depuis la crise sanitaire, les réunions sont toutefois dématérialisées.

“Les gens, l’âge, l’éducation, d’où ils viennent, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils font”, sont autant de raisons qui ont poussé Aymeric à s’engager pleinement dans la coopérative depuis les débuts. “C’est génial, à chaque shift, on rencontre quelqu’un de différent. On commence à se connaître, il y a des gens qu’on croise très souvent […] et en dehors aussi, c’est chouette.”

Le “Cafoutch” est bien parti pour s’ancrer durablement à Marseille. Avec les enjeux environnementaux et sanitaires, le modèle coopératif et alternatif du “Cafoutch” attire de plus en plus. Et si c’était le commerce de demain ?


Ici Marseille, RadioGalère, 8 février 2021